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Focus #99

Pesticides : de nouvelles pratiques agricoles pour protéger les captages d’eau

Communément appelés pesticides, les produits phytosanitaires sont principalement utilisés dans notre pays pour la protection des cultures. Grande productrice de denrées agricoles, la France est aussi grande consommatrice de pesticides. Plus de la moitié des achats pour usage agricole, sur la période 2015-2017, est réalisée sur une vingtaine de départements français, selon l’étude du Commissariat général au développement durable*. Avec plus de 3400 t,  la Gironde, où les surfaces en vigne sont parmi les plus importantes, est particulièrement concernée, de même que la Charente.

Les pesticides dans l’environnement

Le risque de migration d’une fraction de ces pesticides dans l’environnement doit être pris en considération, sachant que la dérive dans l’air, les pluies, l’infiltration ou le ruissellement peuvent les entraîner vers les nappes phréatiques et les cours d’eau. Une fois dans le sol ou dans les milieux,  les pesticides se dégradent progressivement  en une ou plusieurs molécules appelées « métabolites ».

Ces substances chimiques sont susceptibles de contaminer les ressources en eau, voire l’eau distribuée aux consommateurs. Les zones principalement impactées par la présence de pesticides dans les eaux sont les plaines agricoles : Adour, Garonne, Ariège et le bassin de la Charente. Les herbicides, notamment le S-métolachlore et le glyphosate, ainsi que leurs métabolites, sont les plus fréquemment retrouvés.

Les pesticides dans l’eau potable

L’eau potable est très surveillée, avec des normes de qualité beaucoup plus restrictives que pour le reste de l’alimentation. Les limites de qualité pour les pesticides dans les eaux sont fixées par une directive européenne de 1980 à 0,1 microgramme par litre par pesticide et 0.5 microgramme par litre pour la somme de tous les pesticides détectés. Cette limite est dépassée dans la moitié des cours d’eau du territoire français, et dans le tiers pour les nappes phréatiques.
C’est ainsi que 1 000 captages d’eau potable prioritaires en France dont 91 sur le bassin Adour-Garonne doivent être plus particulièrement protégés car ils sont davantage menacés par les pollutions diffuses d’origine agricole.

Agir à la source et changer nos pratiques

L’objectif est de prévenir les pollutions par les pesticides pour éviter d’avoir à dépolluer ensuite, sachant que ce processus coûte aux consommateurs en France entre 750 millions et 1,3 milliard d’euros par an. Il s’agit d’un enjeu majeur – rappelé dans les orientations du Plan national santé environnement, du Grenelle de l’environnement et récemment des Assises de l’eau – afin de restaurer la qualité des écosystèmes, limiter les risques d’exposition et réduire les coûts des traitements de potabilisation.
Par ailleurs, dans le contexte du changement climatique, la baisse des débits d’étiage risque d’entraîner une moindre dilution des rejets diffus et une augmentation des concentrations de polluants. C’est pourquoi de nouvelles pratiques agricoles doivent être développées à grande échelle, comme par exemple l’agriculture à faibles intrants, l’agroécologie, la protection des sols, la plantation de haies ou encore le développement de l’agriculture biologique.

*Plan de réduction des produits phytopharmaceutiques et sortie du glyphosate : état des ventes et des achats en France ? DATALAB, Commissariat général au développement durable (CGDD), avril 2019.