l'interview

Interview #99-2 Thierry Lafon CNES – SWOT

Thierry Lafon, chef de projet SWOT au Centre national d’études spatiales (CNES) de Toulouse

« SWOT offre des potentialités inédites pour mieux observer les surfaces d’eau douce continentales et la circulation océanique »
Le projet franco-américain d’océanographie et d’hydrologie continentale SWOT (Surface Water & Ocean Topography), débuté en 2014, implique le CNES et la NASA. Avec 1Md€ mobilisé, dont 300 M€ par la France*, SWOT va démultiplier la précision des observations et mesures. Plusieurs industriels et laboratoires toulousains sont impliqués, et une mission de préfiguration des applications est d’ores et déjà engagée. Le satellite sera lancé en 2022.

© CNES

1/ Où en est le projet SWOT ?

Une grande étape a été franchie avec la livraison d’un instrument majeur (unité de radio-fréquence) pour le satellite. 2020 va permettre de réaliser tous les tests de niveau charge utile, aux USA. Fin 2020, l’ensemble reviendra en France, chez Thalès Alenia Space, pour l’assemblage final. Le lancement du satellite est prévu en 2022, depuis la Californie.

Le CNES fournit plusieurs éléments clés au satellite SWOT, dont :

  • La plateforme d’orbite basse,
  • Le sous-système radio-fréquence de l’instrument KaRIn,
  • L’instrument d’orbitographie par satellite Doris,
  • L’altimètre Poséidon.

Nous nous appuyons sur l’industriel Thalès pour le développement de ces éléments clés. Au niveau de la mission SWOT ensuite, le groupe CLS, basé à Toulouse, est un partenaire incontournable sur les données océanographiques et la création d’applicatifs. Le laboratoire LEGOS, par son expertise en océanographie spatiale et hydrologie, est aussi une ressource scientifique locale stratégique pour nous.

2/ Concrètement, quelles sont les grandes avancées technologiques attendues avec SWOT ?

Des sauts technologiques sont permis grâce à ce nouvel outil.

En termes de mesure altimétrique d’abord. Avec sa technologie bi-dimensionnelle à large fauchée, SWOT nous fait changer de registre : il permet l’observation de 120 kilomètres d’un coup, contre une trace au sol de quelques kilomètres en altimétrie traditionnelle. Il va permettre de couvrir à lui seul 2 fois tous les 21 jours la quasi-totalité des surfaces d’eau terrestres.

La précision ensuite. L’interféromètre que SWOT embarque utilise une bande Ka offrant une bien meilleure précision. Résultat : nous sommes sur un facteur de 1 à 10 en termes de résolution d’images ! Nous disposerons d’observations océaniques d’une précision de 15 km, contre une centaine précédemment. Pour l’étude et le suivi de l’intérieur des grands courants maritimes, par exemple l’incidence des tourbillons ou la circulation côtière, cela va être stratégique. Nous disposons d’une capacité de détection des surfaces d’eau de l’ordre de quelques dizaines de mètres pour l’hydrologie continentale, alors que jusqu’ici ces masses d’eau étaient compliquées à mesurer et suivre.

3 / Une mission de préfiguration étudie les futures applications SWOT pour l’hydrologie. Que peuvent en attendre les acteurs de l’eau ?

SWOT offre des potentialités inédites pour observer et suivre en détail les surfaces d’eau douce et les phénomènes océanographiques : il faut le faire savoir au maximum d’utilisateurs potentiels  !
Le programme SWOT aval doit préparer les acteurs économiques susceptibles d’exploiter les données, les familiariser à celles-ci et les informer sur les avantages qu’ils vont y trouver, notamment la nature globale de la donnée, et la complémentarité des mesures in-situ. La base de données HYDROWEB en train de voir le jour centralisera et facilitera l’accès aux données hydrologiques.

Les acteurs de l’eau – OiEau, AFD, IRD, PFE, Agences de bassin, etc. – sont bien sûr impliqués dans la mission de préfiguration, afin de réfléchir à des applicatifs et simulations dès maintenant, et préparer l’utilisation opérationnelle de l’altimétrie. L’ambition est de donner à SWOT toute son envergure, dès sa mise en orbite en 2022.

 

Pour en savoir plus et découvrir une des missions de calibration : conférence-débat grand public « L’eau vue de l’espace » au Museum de Toulouse.

 

*170 M€ ont été apportés au titre du Programme Investissement d’Avenir (PIA).