l'interview

Interview #97 Joan busquets

Joan Busquets, architecte urbaniste catalan, Grand prix national de l’architecture 2011, Grand témoin du colloque « Repenser l’eau dans la ville »

« Un bon projet architectural est un outil permettant de bien marier ville et nature « 
Depuis 2010, l’architecte-urbaniste Joan Busquets est en charge de transformer Toulouse, à la demande des municipalités successives. Places, artères de centre-ville mais aussi espaces verts sont concernés, dont la reconquête des berges de la Garonne et du Canal du Midi, avec le projet « Grand Parc ». Il est le grand témoin choisi par l’Agence pour son colloque sur l’Eau et l’urbanisme, le 14 octobre à Arcachon, intitulé « Repenser l’eau dans la ville ».

Pour vous, en tant qu’urbaniste, en quoi est-il important de prendre en compte les questions de l’eau dans l’urbanisme ?

L’eau a toujours été un élément fondamental dans la fondation des villes : quand l’homme abandonne les pâturages et devient sédentaire, il cherche l’eau comme moyen de transport et comme fondement de la vie urbaine. Prenons Paris, Toulouse, Budapest : la ville est créée en lien avec l’eau mais, parfois, dans une certaine contradiction avec la nature. On peut dire que la majeure partie du développement urbain au XXème siècle s’est faite « contre nature », comme par exemple la grande ville de Shanghai sur le delta du fleuve Huangpu. Aujourd’hui d’autres stratégies doivent être mises en place, comme on le verra lors du Colloque « Repenser l’eau dans la ville ».

Pouvez-vous nous parler de projets sur lesquels vous avez travaillé (ou que vous connaissez) et où ont été traitées des problématiques de l’eau et des milieux aquatiques ?

Aujourd’hui, l’eau est encore plus importante : les citoyens pour la plupart souhaitent avoir vue sur l’eau et accès à l’eau quand ils recherchent une résidence ou des loisirs. La société traditionnelle était urbaine, mais elle est aussi devenue demandeuse de paysage et surtout de paysage avec de l’eau. On s’accorde à ce point de vue dans des projets comme Toulouse-Garonne, Le Grau du Roi, ou Amsterdam et Delft dont on parlera le 14 octobre.

Comment doivent évoluer, selon vous, l’approche environnementale au cœur des villes de demain en particulier dans un contexte de changement climatique ?

Il y a une troisième dimension pour la ville de demain, c’est la ville durable, qui sera celle qui cherche à intégrer ville et nature. Cet objectif nous demande de travailler avec une méthode différente, incluant les éléments physiques, comme la topographie et l’eau, mais aussi les éléments « invisibles » comme le vent, la chaleur, etc. C’est là que l’architecte doit être capable de comprendre qu’un bon projet est un outil permettant de bien marier ville et nature. Le changement climatique sera moins violent si nous avançons avec cette philosophie mais, dans tous les cas, la nature est toujours un élément variable qu’il faut bien maîtriser et traiter avec sagesse.