l'interview

Interview #96 Mission SWOT Guyane

Jessica Partaud, département Connaissance et Système d’Information de l’agence de l’eau Adour-Garonne

« L’Agence est partenaire de l’IRD-CNRS* pour une mission scientifique en Guyane« 
Une mission scientifique sur le fleuve Maroni, en Guyane, débute. Celle-ci se déroule dans le cadre de l’opération spatiale franco-américaine SWOT. A la clé : pouvoir mobiliser les données acquises par SWOT pour suivre les variations de débits et de niveau d’eau, n’importe où. Un volet pédagogique est aussi déployé pendant la mission.

Pouvez-vous décrire votre mission et nous en préciser les objectifs scientifiques ?

Navigation sur le Maroni, le fleuve le plus long et le plus peuplé de Guyane
© IRD

Cette mission scientifique s’inscrit dans le cadre de l’opération spatiale franco-américaine SWOT qui a pour objectif de mesurer la hauteur de l’eau en tout point du globe terrestre, tant pour les mers et océans, que pour les eaux douces (rivières, lacs et réservoirs). Pour les eaux continentales, les données de sortie seront le débit pour les fleuves et les stocks d’eau pour les lacs et réservoirs. La technique utilisée est « l’interférométrie radar », méthode de télédétection radar aux applications variées, déjà utilisée lors d’une mission précédente sur la navette spatiale américaine en 2000.

Le projet pilote comporte trois sites pour la réalisation de tests : la Garonne en aval de Toulouse, le Maroni en Guyane et le Río Negro au Brésil. J’effectuerai cette mission durant la première quinzaine de juillet, puisque j’accompagne, depuis plus d’un an, un atelier scientifique de lycéens en lien avec l’IRD-CNRS également partenaire de la mission.

Une dizaine d’élèves accompagnés de deux enseignants du lycée Charles de Gaulle de Muret participent à la mission. Que vont-ils faire concrètement et quels sont les objectifs pédagogiques poursuivis ?

Les élèves réaliseront, sous encadrement scientifique, plusieurs opérations : relève des capteurs, récupération, traitement et interprétation des données enregistrées depuis novembre 2018, participation aux échantillonnages de « chimie » et de « biologie » du fleuve, test d’un nouveau capteur de vitesse d’écoulement de l’eau.

Prélèvement dans le canal du Midi © CLASH

Au-delà des visées scientifiques et pédagogiques du projet, l’idée est aussi de leur donner l’opportunité d’échanger avec les enfants du fleuve et des lycéens de Cayenne. En effet ces derniers les accompagneront lors de leur mission, en lien avec l’Office de l’eau de Guyane. Objectif : sensibiliser les jeunes aux enjeux des fleuves dont le destin est souvent lié, améliorer leurs connaissances, les associer aux réflexions qui permettront de développer des applications innovantes. Un film et un reportage photo complèteront le volet pédagogique de la mission. 

Quelles sont les suites opérationnelles ou les pistes d’action envisagées à l’issue de la mission ?

Dans le cadre de l’application de ce projet au bassin Adour-Garonne, il est proposé de développer une modélisation des flux d’eau au sein des estuaires de la Garonne et de l’Adour, de manière à disposer de données fiables pour le suivi des niveaux d’eau. Les niveaux d’eau des lacs naturels de la frange atlantique seront également « auscultés » dans ce projet.

Le travail mené devrait permettre aux gestionnaires de mobiliser les données acquises par SWOT pour suivre les variations de débits et de niveau d’eau et évaluer, par exemple, l’impact des mesures mises en place dans le cadre du Plan d’adaptation au changement climatique.

*L’IRD (Institut de Recherche pour le Développement) est un organisme pluridisciplinaire placé sous la double tutelle des ministères de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, et de l’Europe et des Affaires Étrangères. Présent dans une cinquantaine de pays, il porte une démarche originale de recherche, d’expertise, de formation et de partage des savoirs.