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Retour sur : Bernard Legube « Les décisions d’adaptation sont prises en ayant sans cesse à l’esprit le principe d’unicité de la ressource »

Bernard Legube « Les décisions d’adaptation sont prises en ayant sans cesse à l’esprit le principe d’unicité de la ressource »

Le président du Conseil Scientifique revient sur l’élaboration du Plan d’Adaptation au Changement Climatique, après son adoption au comité de bassin le 2 juillet.

Le projet de plan d’adaptation au changement climatique est le fruit de multiples réunions, pouvez-vous nous dire quelles en ont été les différentes étapes ?

En effet, le groupe PACC, composé de nombreux membres du CB, de deux membres du bureau du CS et bien sûr de membres du personnel de l’Agence, s’est réuni pas moins de 8 fois au cours des 18 derniers mois ! Les méthodes de travail et les priorités du plan ont été dans un premier temps définies par les membres du groupe animé et piloté par l’Agence. Celle-ci a élaboré un plan diagnostic des vulnérabilités du bassin, allant des têtes de bassins versants jusqu’au littoral, qui a été présenté et discuté, au sein du groupe, en session du CS et aux forums de l’eau de l’automne dernier. Les priorités du plan en ont été ainsi précisées. Lors les réunions suivantes, un premier document rédigé par l’Agence a été discuté, amendé et amélioré, suivi de plusieurs versions adressées à chaque membre du groupe, ce qui a permis de nombreux échanges, très souvent accompagnés de nouvelles formulations et d’ajouts. Notons qu’il y a eu aussi quatre auditions thématiques pour approfondir des sujets transversaux : le sol, la ville, la santé et la prospective sur l’agriculture « Afterres 2050 ».

Les autres bassins hydrographiques se dotent aussi d’un plan d’adaptation, quelles sont les spécificités d’Adour-Garonne ?

Au plan quantitatif le bassin Adour Garonne connait déjà un déficit important, puisque le déséquilibre hydrologique actuel entre besoins et ressources est estimé entre 200 et 250 millions de m3. Le grand Sud-Ouest sera fortement impacté par le réchauffement climatique avec des élévations moyennes de température dans les prochaines décennies très probablement supérieures à l’élévation moyenne française. Le déséquilibre hydrologique pourrait alors atteindre entre 1 et 1,2 milliard de m3 en 2050, d’après les prévisions (à stocks, objectif environnemental et usages constants). C’est dans ce bassin que les effets du changement climatique sur les débits moyens (et d’étiage) des cours d’eau et sur le taux de recharge des nappes seront parmi les plus marqués en France.

Au plan qualitatif, cet effet hydro-climatique se traduira par une diminution de la dilution des pollutions (à rejets constants), qui conjointement à une augmentation de la température de l’eau et des évènements climatologiques extrêmes, abaisseront significativement la qualité des eaux de surface et souterraines, déjà en état moyen voire médiocre pour certains sous-bassins. La diminution conjointe de la teneur en oxygène et la modification des mécanismes de toxicité aura des conséquences importantes sur la biodiversité, encore difficiles à estimer.

Des tensions sur l’eau potable sont déjà palpables et les prévisions d’augmentation de population (particulièrement forte dans les métropoles et les zones touristiques de ce bassin) les amplifieront nécessairement. Les risques sanitaires sont également à prendre en compte pour l’eau destinée à la consommation humaine tout comme pour les eaux de baignades et les activités aquacoles : des eaux plus chaudes sont favorables à la présence potentielle  de protozoaires dangereux comme cryptosporidium et  au développement de flore bactérienne comme les cyanobactéries.

Quelles ont été les recommandations du Conseil scientifique ?

Le conseil scientifique en session plénière a été globalement informé de l’avancement et du contenu du projet de plan, mais n’a contribué qu’à la rédaction de la partie « Mieux connaître ». Il a donné, en outre, quelques avis, en insistant notamment sur les deux principes qui à ses yeux doivent guider les décisions d’adaptation. Le premier est le principe d’unicité de la ressource (« mix hydrique »), basée sur la notion de liens à effets plus ou moins rapides, mais toujours existants, entre eaux souterraines et eaux de surface. Le second se réfère à la nécessité de transformer véritablement les activités et les modes de vie et renoncer par endroit ou sur certains domaines, ce qui implique une sensibilisation très large à ce nouvel enjeu. Il conviendra aussi d’innover tout en s’appuyant sur les initiatives réussies, et d’accompagner les évolutions par des prises de décision adaptées. Car l’adaptation au changement climatique ne consistera pas uniquement en des mesures d’ajustement, qui sont généralement les plus nombreuses des solutions concrètes recommandées par les plans d’adaptation.